— Oh ! fit-elle.
Le cœur d’André battait à grands coups dans sa robuste poitrine. Une de ses plus terribles craintes s’était dissipée : elle l’avait écouté sans devenir moqueuse, sérieusement même, et il voyait l’expression grave de son jeune visage, enveloppé par la lumière des flammes.
Mais malgré cela, avec une implacable intuition, il la devinait attentive, l’esprit curieux et troublé, non pas émue dans l’âme. Aussi, il eût voulu lutter, la supplier. Et, habitué à concentrer toutes ses impressions, il ne savait comment lui parler.
Machinalement, elle tordait le ruban de sa ceinture ; et, au bout d’une seconde, elle demanda la voix lente, un peu plaintive :
— Pourquoi m’avez-vous dit cela ?
Il la crut blessée de ce qu’il s’était adressé directement à elle-même.
— Je sais bien, commença-t-il timidement, d’un ton d’excuse, que j’aurais dû parler d’abord à madame votre mère, mais jamais je n’ai osé lui avouer mon désir… Je comprends si bien comme il y a peu de raisons pour que vous consentiez… Ce soir, c’est parce que vous pleuriez que j’ai tout oublié !… Je ne vous ai pas offensée, dites ?
— Oh ! non, non ! mais il me semble si étrange de vous entendre parler ainsi !
Elle s’était rassise sur sa petite chaise basse, dans l’ombre de la cheminée, et il ne pouvait distinguer son visage. Il avait l’impression que chaque minute de silence écoulée augmentait l’invisible distance qui les séparait. Mais en cet instant, où elle avait une gravité inaccoutumée, elle lui apparaissait différente d’elle-même, pareille à une inconnue… A cette enfant sérieuse, qui n’était plus la rieuse Suzy d’ordinaire, il n’osait dire les prières suprêmes que lui murmurait sa pensée.
Et elle n’en soupçonnait rien, car l’émotion donnait au visage d’André quelque chose d’âpre et de rude qui contrastait d’une étrange manière avec la douceur de son accent.