— Je sais bien, reprit-il humblement, que je ne suis pas l’homme que vous pourriez souhaiter !… Je suis gauche et maladroit dans mes manières… Je comprends qu’il soit ridicule à moi…
Elle l’arrêta d’un geste.
— Ne parlez pas ainsi !… Moi, je sais seulement que vous êtes bon, très bon ! et je vous suis si reconnaissante de vouloir m’épargner le chagrin de partir !
La voix tremblante, il dit :
— Ne me remerciez pas, c’est mon bonheur que j’espère, en vous demandant de… en vous priant de ne pas me repousser !
Elle eut un léger tressaillement. Personne encore ne lui avait jamais ainsi parlé, et son amour-propre féminin s’éveillait charmé ; mais son âme restait close. On eût dit qu’une mystérieuse barrière la séparait d’André. Elle avait certes de l’amitié pour lui ; elle savait quelle confiance il inspirait à sa mère ; et cependant le « oui » qu’il lui demandait était loin, très loin de ses lèvres.
— Je ne peux pas consentir ! oh ! je ne peux pas ! pensa-t-elle avec une sorte de révolte passionnée !
Si elle l’eût osé, elle se fût enfuie ou elle eût appelé sa mère comme si un danger la menaçait. Elle était touchée — peut-être flattée, surtout ! — des paroles d’André, et, en même temps, fâchée du trouble où il la jetait.
— Oh ! si maman pouvait rentrer ! Pourquoi ne revient-elle pas ?… Qui la retient ? pensait-elle avec une anxiété nerveuse.
Et le silence entre elle et André lui paraissait si lourd, qu’elle reprit fiévreusement, la pensée absente de ses paroles :