— Comment pouvez-vous désirer vous embarrasser de moi !… Auprès de vous, si sérieux, je ne suis qu’une petite fille étourdie !

— Oui, je suis trop sérieux, peu aimable, je le sais, fit-il tristement.

Elle l’arrêta, prise de compassion devant son accent.

— Ne dites pas cela !… D’ailleurs, les autres ne vous jugent pas trop grave. A moi seule, vous paraissez ainsi parce que je ne suis pas bien raisonnable. Mais… mais… peut-être me corrigerai-je…

— Je ne désire pas vous voir devenir autre que vous êtes maintenant.

Une faible rougeur courut sur le visage de la jeune fille. Elle continua avec une espèce de hâte :

— Et puis, jamais je n’aurais pensé que vous puissiez m’adresser une semblable demande !

— Jamais ?

— Non !… Non, je croyais que vos travaux seuls vous intéressaient !… Quand vous veniez, vous étiez toujours absorbé. Vous ne me parliez presque pas !… Juste, quand je vous interrogeais ! Alors, vous me répondiez, finit-elle avec un involontaire sourire.

Elle se sentait tout à coup plus brave, car elle entendait le pas de sa mère dans la pièce voisine. Enfin elle allait être délivrée de ce terrible tête-à-tête ! Mais un des garçons appela Mme Douvry, qui ignorait la présence d’André, et elle s’éloigna.