Le jeune homme, lui, n’avait rien remarqué. Le monde extérieur n’existait plus pour lui. Il ne voyait que la tête brune dont le regard se détournait du sien ; et saisi d’un irrésistible désir de connaître son sort, il demanda, rassemblant tout son courage :

— Mademoiselle Suzy, vous ne m’avez pas répondu… Est-ce parce que ma demande était d’une témérité absurde et folle ?

— Non, mais je vous en supplie, laissez-moi encore réfléchir !

Elle l’enveloppait d’un regard furtif. D’un coup d’œil, elle vit son visage sévère, aux traits fortement dessinés, que l’émotion contractait, sa haute taille mal découpée par ses vêtements dépourvus de toute élégance ; et, sans qu’elle sût pourquoi, brusquement, se dressa dans sa pensée, l’image d’un homme mince, d’une extrême distinction, dont la barbe blonde éclairait le visage patricien. Et cet homme s’inclinait devant Suzy ; il lui parlait d’un ton de respectueuse prière ; il l’enveloppait de sa courtoisie chevaleresque et il lui montrait une affectueuse sympathie aux heures où elle était triste…

Une rougeur intense empourpra les joues de Suzy à cette vision. Plus avant encore, elle cacha son visage dans l’ombre de la cheminée.

André, la voix suppliante, l’interrogeait une dernière fois :

— Mademoiselle Suzy, ne croyez-vous pas que vous pourriez m’accorder un peu d’affection ?

— Mais je vous assure que j’ai beaucoup de… de sympathie pour vous…

— Comme pour un ami ? fit-il malgré lui.

Elle ne répondit pas. Il disait vrai.