— Et… jamais il ne vous sera possible de me donner plus ?
— Je ne sais pas, je ne sais pas ! Oh ! vous me tourmentez ! Je n’ai pas le temps de voir, fit-elle d’un accent de détresse, sans calculer ses paroles. Je pars dans cinq jours !
— Et si vous ne partiez pas ?
Ne pas partir ! Ses mains se joignirent. Ne pas partir, rester dans la douceur du home ! Ne pas se voir emmenée au loin, parmi des étrangers !… Oui, mais aussi repousser loin d’elle le dévouement accepté !… Rester !… Et devenir la fiancée, puis la femme d’André Vilbert.
— Non ! non ! non ! je ne veux pas !… Je ne peux pas ! Il est très bon !… Mais… mais j’aime mieux attendre ! répéta-t-elle encore tout bas, frémissante.
Attendre quoi ? Suzy ne savait pas. Mais une étrange angoisse l’étreignait à l’idée de ce mariage, comme s’il eût dû fermer pour elle, l’avenir que lui ouvrait sa jeunesse.
Oh ! oui, elle voulait attendre. Sans doute, c’était pour elle un brisement de cœur que cette séparation avec tous ceux qui lui étaient chers. Mais on eût dit qu’un lien mystérieux l’entraînait à Cannes. Et, de nouveau, dans son esprit, passa lointaine, comme une vision fugitive, l’image de Georges de Flers.
Elle releva la tête et vit, debout devant elle, André anxieux. Alors elle eut la conscience du chagrin qu’elle allait lui causer et une pitié la prit, car il n’était pas un indifférent à ses yeux, mais un ami comme il l’avait dit.
Elle se pencha un peu vers lui et, la voix très douce, d’un accent de prière, elle parla :
— Ne m’en veuillez pas, je vous en prie !… Votre demande est trop soudaine !… Le temps me manque pour comprendre ce que je dois faire !… Et puis, à cause de maman, de tous ici, il faut que je parte, pour leur être utile !… Maintenant, je ne puis pas songer à mon avenir à moi !