— De toutes vos paroles, mademoiselle Suzy, je veux retenir un seul mot. Vous avez dit que maintenant, il ne vous était pas possible de songer à vous-même. Peut-être est-ce par charité que vous vous êtes exprimée ainsi… Mais ce maintenant, laissez-moi le garder comme une pauvre petite espérance. Laissez-moi, je vous en supplie, conserver un peu d’espoir jusqu’à votre retour !…
Une exclamation involontaire échappa à Suzy :
— Oh ! je ne puis pas m’engager ainsi !… Je ne veux pas !
Mais il luttait avec la ténacité d’un désespéré.
— Vous ne serez pas engagée, je vous le jure… Vous serez libre comme vous l’étiez avant que je vous aie laissé connaître ma… folie !… libre de disposer de votre vie, selon votre désir…
La voix d’André s’altéra un peu à ces mots. Il s’épouvantait de ces mois de séparation absolue entre eux… Il parvint pourtant à se dominer et acheva :
— Et, à votre retour, si, comme aujourd’hui, vous ne pouvez consentir à me confier le soin de vous rendre heureuse, alors nous demeurerons seulement amis, de même que nous l’avons toujours été, n’est-ce pas ?… Et à quelque moment que ce soit, vous pourrez compter sur moi…
Elle l’écoutait le cœur battant, émue réellement cette fois, de sentir qu’il l’aimait ainsi !… La pensée lui traversa l’esprit qu’elle eût dû prononcer le « oui » suprême, donner sa vie à cet homme sincère et dévoué… Mais les mots ne purent sortir de ses lèvres…
La voix tremblante, elle répondit :
— Je ne sais quel sera l’avenir, et je ne veux pas que vous vous croyiez plus engagé envers moi que je ne le suis envers vous… Mais quoi qu’il arrive, je n’oublierai jamais que vous avez cherché à éloigner de moi un grand chagrin !