— Oui, elle est toute prête !… Voici les clefs.

Les petites disparurent, et Suzy continua fiévreusement d’emplir son sac de voyage. Elle était très courageuse et demeurait sans larmes ; mais c’était au prix d’une incessante activité qui l’étourdissait et lui ôtait le temps de penser que, dans quelques heures, elle allait être en route pour Cannes.

Un coup de sonnette dans l’antichambre la fit tressaillir. Elle savait qu’André Vilbert devait venir. Depuis leur entretien, elle ne l’avait pas revu, et elle appréhendait fort leur première rencontre. Était-ce donc lui ? Elle écouta, un léger frémissement secouant ses nerfs.

Au bout d’une seconde, la porte de la chambre s’entr’ouvrit de nouveau, et l’une des jumelles, Alice, reparut, envoyée en ambassadrice.

— Suzy, c’est tante Arnay et Germaine qui viennent te faire leurs adieux. Elles t’attendent avec impatience, m’a dit tante Arnay.

Suzy eut un soupir de soulagement.

— Bien, chérie, je vais les recevoir tout de suite !

Dans le salon, en effet, se tenaient Mme Arnay souriante, très belle dans ses fourrures, — et n’en doutant pas ! — puis Germaine qui chauffait frileusement à la flamme du foyer, ses pieds bien cambrés.

— Ainsi donc, Suzy, voici le grand jour arrivé ! dit Mme Arnay, de ce ton d’exquise amabilité qui faisait partie de sa toilette de visite comme ses gants et son chapeau. Ta mère est-elle ici ?

— Non, tante, elle est allée faire quelques dernières courses pour moi et elle n’est pas encore rentrée.