— Ah !… Tu voudras bien lui dire mille choses de ma part… Mon enfant, nous venons t’apporter tous nos souhaits de bon voyage. Nous avons beaucoup à faire aujourd’hui, car la période des visites recommence déjà ; mais Germaine a tenu absolument à t’embrasser une dernière fois avant ton départ.
— C’est bien aimable à elle ! fit Suzy en envoyant un regard de reconnaissance à sa cousine.
Toute marque d’affection lui était précieuse en ce moment.
Mme Arnay n’entendit même pas la réponse de Suzy. Elle enveloppait sa fille d’un regard de complaisance.
— N’est-ce pas, Suzy, que le costume de Germaine lui va d’une façon admirable ? Ce Roucet fait des merveilles avec le drap. Il saisit dans la perfection le modelé de la taille ! Lève-toi, Germaine, que je voie un peu l’effet du corsage…
Germaine obéit et jeta un coup d’œil vers la glace. Elle et sa mère oubliaient totalement pourquoi elles se trouvaient chez Mme Douvry.
Suzy les contemplait, caressant les cheveux de la petite Alice assise à ses pieds. Et elle se sentait très loin de ces deux femmes élégantes qui avaient pour unique préoccupation leurs succès mondains ; seules, leurs affaires personnelles les intéressaient et elles le laissaient voir avec une singulière naïveté.
Ce fut Germaine qui reprit la première, abandonnant le sujet du costume de Roucet :
— Oh ! Suzy, que tu es heureuse d’aller trouver un pays chaud ! Paris devient une vraie Sibérie !
— Ah ! j’accepterais bien de subir le froid le plus dur pour avoir le droit de rester ! fit Suzy avec une vivacité douloureuse. Qu’est-ce que cela me fait, le temps !