— Vraiment ? Tu regrettes de partir ?… Comme c’est étrange ! Tu t’amuseras beaucoup à Cannes ! Lady Graham reçoit continuellement ; puis, comme elle t’adore, partout où elle sera, tu seras ! Tu lui as tourné la tête, comme à Georges de Flers !

— Germaine ! interrompit avec impatience Mme Arnay, fais donc, je te prie, attention à tes paroles.

Puis, se tournant vers Suzy dont le visage s’était rosé au nom de Georges de Flers, elle continua :

— Vois-tu, mon enfant, en ce monde, il faut toujours écouter la raison et accepter les événements quand ils s’imposent à nous. Je suis, de même que Germaine, persuadée que tu ne te déplairas aucunement à Cannes.

— J’y serai seule, ma tante, et je saurai que maman souffre de mon absence, dit simplement Suzy, le cœur gonflé d’émotion.

Elle pensait que la philosophie était facile à Mme Arnay et à Germaine pour qui la vie avait tout juste la difficulté d’une figure de quadrille.

— Certes, je comprends que l’instant de la séparation soit pénible !… Mais ta mère est, comme toi, raisonnable, et elle sait que ton éloignement peut avoir d’heureux résultats. Puis, elle aura encore auprès d’elle ton père, les garçons, et ces deux amours, finit Mme Arnay, les yeux arrêtés sur les têtes blondes des jumelles qui écoutaient la conversation d’un air sage.

— Mon Dieu ! que ces petites sont jolies !… Tu diras à ta mère que je les trouve encore embellies… Et puis, mon enfant, nous te quittons, car notre liste de visites est loin d’être épuisée encore !… Ah ! à propos, ton père a-t-il quelque poste en perspective ?

— Non, tante, rien encore…

— Comme c’est ennuyeux ! fit Germaine, désireuse de placer un mot, car le silence où la condamnait la volubilité de sa mère lui était très désagréable.