— C’est un gros souci pour maman ! répondit tristement Suzy.

— Ma chère, ta mère a grand tort de se tourmenter, je le lui dirais si elle était là !… Mon mari s’occupe de chercher à M. Douvry quelque chose de convenable, mais il faut le temps de trouver… Et puis ton père est très difficile, il…

— Tante, je vous en prie, ne dites rien contre lui, interrompit Suzy de sa petite voix douce, mais l’accent très ferme.

Une ombre d’embarras passa sur le visage de Mme Arnay. Mais elle n’ajouta rien et se leva, rattachant sa pelisse bordée de fourrure, tandis que Germaine demandait :

— Tu pars à sept heures, par le train de luxe ?

— Je ne sais pas, répliqua Suzy indifférente.

Que lui importait comment était ce train ? Elle ne savait qu’une chose, c’est qu’il allait l’emmener toute seule au loin !… Ses paupières devinrent humides. On eût dit que l’amitié banale de Mme Arnay avait réveillé en elle une corde douloureuse, encore engourdie.

Pourtant, elle reconduisit sa tante jusqu’au seuil de l’appartement, un faible sourire errant toujours sur sa bouche. Elle reçut, avec sa bonne grâce habituelle, le baiser rapide de Mme Arnay et la caresse plus chaude de Germaine qui l’accablait de recommandations importantes :

— Alors, Suzy, tu m’écriras, tu me raconteras si les réceptions de lady Graham sont jolies !… Envoie-moi des fleurs aussi, surtout du mimosa et des tubéreuses, j’en raffole !… Amuse-toi !… Au revoir !… Si Gladys vient à Cannes, tu lui diras qu’elle est ma bien chère amie et que je meurs d’ennui de ne pas la voir !… Adieu ! Au revoir !

Mme Arnay entraîna sa fille qui, pour une personne mourante, paraissait fort pleine de vie et désireuse de jouir de tous les plaisirs de l’existence ; et Suzy, une seconde, demeura à la regarder descendre l’escalier, svelte dans son fameux costume, chef-d’œuvre de Roucet.