— Je croyais que tante Arnay m’aimait un peu plus que cela ! fit-elle, laissant retomber la porte, et saisie par un âpre sentiment de découragement. Mon Dieu, si tous montrent cette indifférence à Cannes, comment ferais-je pour y vivre ! Oh ! maman, que vais-je devenir quand je ne serai plus près de vous ?…

Des sanglots lui montaient à la gorge, qu’elle s’efforçait de contenir, parce qu’elle voulait être courageuse jusqu’au bout, afin de ne pas augmenter le chagrin de sa mère… Mais la visite de Mme Arnay semblait avoir ébranlé sa pauvre vaillance.

Et puis, voici qu’après avoir craint la venue d’André, elle se sentait déçue, quelque chose lui manquait parce qu’elle ne le voyait pas apparaître.

Si elle partait ainsi, sans avoir reçu son adieu, elle emporterait l’impression qu’il était irrité contre elle, fâché tout au moins ; et cette idée la faisait souffrir.

Il vint pourtant, quelques minutes avant le dîner, et il fut introduit dans le salon avant qu’elle eût pu savoir si elle était, en résumé, contente ou non de le revoir.

Les deux petites se trouvaient auprès d’elle. Dans la pièce voisine, Mme Douvry donnait des ordres pour les bagages. Peut-être fut-ce à cause de cela qu’elle ne ressentit aucun embarras en le voyant devant elle. D’ailleurs, il avait à tel point son attitude habituelle, sérieuse et froide, qu’une seconde, elle se demanda s’il était possible qu’il lui eût adressé jamais la prière dont elle ne pouvait oublier l’accent ému.

Mais il parla, et sa voix avait des vibrations d’une douceur profonde qui contrastaient avec la banalité même de ses paroles.

— Je me suis trouvé retardé par un travail pressé, et maintenant je vous dérange… Si je n’avais craint d’être indiscret, je serais allé à la gare ce soir afin de vous dire adieu… le plus tard possible, car…

Elle l’interrompit :

— A la gare ?… Réellement, vous seriez venu à la gare ?