— Oui… Pourquoi vous étonnez-vous ?
— Oh ! alors… Si j’osais vous demander…
— Quoi ?… Je serais très fier si vous vouliez bien me traiter tout à fait en ami et recourir à moi dès que je puis vous être bon à quelque chose.
— Oh ! merci ! merci ! murmure-t-elle avec effusion.
Et rapidement, la voix plus basse, elle expliqua :
— Mon père souffre tant de mon départ que je lui ai demandé de ne pas m’accompagner à la gare, car je sais combien les scènes d’adieu lui sont pénibles, surtout au milieu d’étrangers… Mais maman, elle, viendra ! Et je voudrais tant qu’elle ne se trouvât pas seule, quand je l’aurai quittée !… Il me semble que je partirais plus courageuse, si vous vouliez… si vous étiez auprès d’elle à ce moment. N’est-ce pas trop indiscret d’abuser ainsi de vous ?
Elle levait vers lui des yeux suppliants ; mais elle rencontra son regard sérieux, éclairé d’une telle lumière, que, soudain, elle comprit quelle joie elle venait de lui causer en laissant voir sa réelle confiance en lui.
Et quand il fut parti, au milieu de son chagrin, elle repensa encore à cette expression du visage d’André.
… Une dernière fois, elle errait à travers l’appartement pour emporter une suprême image de son home, considérant tous les objets, même les plus menus, les plus insignifiants, dont l’aspect lui était familier.
Elle s’arrêta dans sa petite chambre, où tant de fois, elle s’était endormie insouciante et heureuse, et surtout dans celle de sa mère. Là, elle regarda, les mains jointes comme dans une chapelle. Ses yeux cherchaient, sur la cheminée, les miniatures de parents disparus qu’elle avait si souvent admirées étant petite fille ; puis le vase de cristal irisé toujours plein de fleurs ; et, à l’ombre du lit, la Vierge byzantine, avec son expression de mystérieuse gravité ; puis…