— Suzy, la voiture est en bas !… Il est l’heure de partir ! cria l’un des garçons.

Elle frissonna.

— Déjà !… Mon Dieu, déjà !

Il lui paraissait que quelque chose se brisait en elle, lui causant une souffrance aiguë. Et elle n’osait pas parler, car elle savait bien qu’elle éclaterait en sanglots.

Pourtant, elle dit d’une voix étouffée, aux deux petites qui tamponnaient leurs tabliers sur leurs figures roses :

— Ne pleurez pas !… Vous me faites de la peine…

Puis elle se blottit dans les bras de M. Douvry qui se refermèrent sur elle. Ni l’un ni l’autre ne dirent un mot. Elle entendait le cœur de son père battre à coups violents tout près de sa poitrine ; et elle eût voulu rester toujours ainsi, appuyée contre lui, enveloppée par cette tendresse dont jamais peut-être, elle n’avait autant compris la profondeur.

Et pour le père, c’était une double douleur de voir partir son enfant, et de penser qu’il était involontairement la cause de cet exil, lui le chef de la famille, à qui seul eussent dû appartenir les sacrifices qui déchirent le cœur.

André Vilbert venait d’arriver. Sur la prière de Mme Douvry, il appela, et une infinie compassion lui emplissait l’âme :

— Mademoiselle Suzanne !… Le temps passe !… Il ne faut pas tarder davantage !…