L’étreinte de M. Douvry se détendit. Tout bas, mettant un baiser très long sur le jeune visage bouleversé, il murmura :
— Adieu, ma petite bien-aimée, mon enfant…
Et ce fut tout. Elle s’enfuit. Sous son voile baissé, ses larmes ruisselaient âcres, lui brûlant les yeux…
Elle eût voulu retenir les minutes, retarder le moment où elle allait voir apparaître la gare ! Et voici que, au contraire, la voiture roulait rapidement.
Chaque seconde la rapprochait du but redouté.
Elle était parvenue par un suprême effort à ressaisir un peu du courage qu’elle avait eu tout le jour ; et, pour un moment, sa souffrance s’engourdissait. Sa main qui avait été chercher celle de sa mère, y demeurait enfermée ; mais elle causait de choses indifférentes — pour n’effleurer aucun des sujets qui lui étaient chers ! — et elle éprouvait une sorte de quiétude parce qu’André était là.
Maintenant la gare était toute proche. Sa lourde silhouette se dressait en une masse sombre, éclairée çà et là par la trouée de lumière des portes et des grandes baies vitrées.
Encore quelques minutes, puis la voiture s’arrêta…
Lady Graham était déjà là, très élégante dans sa tenue de voyage, son petit sac de cuir en bandoulière, aussi soigneusement gantée que pour un bal, un voile de gaze enserrant sa toque d’où s’échappait la lourde torsade de ses cheveux blonds, roulés sur la nuque. Un cercle d’amis l’entourait, et tous causaient gaiement sur le quai, au milieu d’un incessant va-et-vient de voyageurs et d’employés, avec autant d’aisance que s’ils se fussent trouvés dans un salon de l’hôtel Graham. Tout auprès, les trois bébés, petits et grands, de la jeune femme, s’agitaient sous l’œil des gouvernantes…
Dès que lady Graham vit Suzy, elle interrompit sa conversation et vint à elle aimablement :