Une voix rieuse s’élève près de lui, un peu assombri :
— Oncle René, est-ce que vous n’en avez pas assez d’être avec les grandes personnes ? Venez donc avec nous faire une partie de tennis !
Une bizarre impression de plaisir traverse, pareille à une bouffée printanière, la songerie, plutôt morose, de René. Guillemette est là, près de lui, les joues carminées par le jeu. Ses yeux ont un regard d’affection câline. Il éprouve tant de gratitude qu’elle ait pensé à lui dans son plaisir que, sans réfléchir, il prend la petite main toute chaude qui effleure son épaule et la porte à ses lèvres. Quand il en sent le doux contact, il a conscience de son acte et la laisse aussitôt retomber :
— Chérie, vous êtes une charmante petite nièce ; mais je suis bien trop vieux pour jouer avec vous et vos amies…
Sans façon, elle éclate de rire. Sa pensée est en fête. Le mouvement spontané de René l’a charmée.
— Oncle, ne dites pas d’absurdités ! Et bien que vous vous considériez comme Mathusalem, — c’est bien Mathusalem, n’est-ce pas, le doyen des vieillards ? — venez m’aider à battre Guy d’Andrades qui est passé à l’ennemi. Je sais que vous êtes une forte raquette.
Guy d’Andrades, c’est le beau garçon avec qui elle flirtait il y a un instant.
René n’hésite plus. Du reste, il hésitait pour la forme.
— Je suis à vos ordres, petite fille.
Et il la suit, insouciant du regard désapprobateur de Louise de Mussy qui s’étonne de le voir quitter le cercle des personnes sérieuses.