— Oncle, n’oubliez pas que nous devons nous couvrir de gloire !

La partie s’engage, distraitement considérée par les parents qui potinent. Seul, M. d’Harbourg est venu en observer de près les péripéties et accable les joueurs de conseils dont ils n’ont souci, tout en les écoutant, au vol, avec une déférence polie.

— Guillemette, ma petite fille, tu as trop chaud, tu devrais t’arrêter !

— Ce n’est pas le moment, mon oncle, lance-t-elle, tout en rattrapant sa balle d’un geste sûr.

Et, selon les hasards du jeu, elle se jette en avant ou recule d’un bond, vive, adroite, soutenue par René qui est dominé par le frivole désir de battre Guy d’Andrades.

La lutte est chaude. Mais la chance est pour lui. Une dernière balle rase le filet… Et Guillemette jette un cri de joie :

— Nous avons gagné !… Oncle René, je vous adore !… Quelle belle partie !

Comme le ferait une gamine, elle saute de joie, tenant sa raquette à pleines mains. Ses pieds, chaussés de blanc, bondissent sur le sable, sous sa jupe un peu courte. Mais elle n’a pas le loisir de savourer davantage sa victoire, car Mme Seyntis appelle :

— Guillemette, ces dames réclament tes amies…

Seulement, quand toutes et tous sont partis, elle revient, après avoir escorté jusqu’à la grille la dernière visiteuse, vers la terrasse où René ouvre les journaux du soir. C’est l’heure exquise du ciel rose ; l’air est tiède dans le jardin paisible dont les lointains se voilent à travers les branches.