— Ah ! Guillemette, pourquoi vous moquez-vous de moi ?

— Ma petite M’selle, je ne me moque pas du tout, je constate ! réplique Guillemette avec un sourire d’amitié à la jeune institutrice qui, son aînée de plus de dix ans, lui donne souvent l’impression d’une créature à protéger.

— Aimez-vous l’été ? vous ? M’selle.

— Oh ! non ! je ne l’aime pas ! laisse échapper Mademoiselle, avec une telle conviction que les prunelles de Guillemette la contemplent, surprises.

— Comme vous dites cela ! M’selle. Pourquoi donc ne l’aimez-vous pas cette jolie saison, odorante, lumineuse, dorée… A cause de la chaleur ?

— Non, oh ! non ! La chaleur m’est indifférente !…

Guillemette voit bien que Mademoiselle pense quelque chose qu’elle ne veut pas dire ; et, discrètement, elle n’insiste pas. Mais cette lueur mélancolique qui a, tout à coup assombri les yeux clairs de l’institutrice de Mad, dissipe brusquement l’espèce de griserie jetée en elle par la féerie de cette journée de juillet. Parce qu’elle est très heureuse, elle voudrait tant que tout le monde le fût !

Que peut bien avoir Mademoiselle ?

Elle y songe, tout en enlevant sa toilette de sortie, dans la grande chambre, ouverte sur l’horizon frais des pelouses du parc Monceau, qui est son domaine ; un riant domaine, tendu de vieux Jouy, fleuri comme un reposoir, décoré de quelques toiles de maître, de bibelots précieux, rassemblés par ses désirs de fillette riche et gâtée.

Quand elle entend, dans le petit salon, le piano résonner sous les doigts résignés de Mad, elle rentre, d’un élan instinctif, dans la salle d’étude où elle est sûre de trouver Mademoiselle, remettant en ordre livres et cahiers, avant de s’en aller regagner son logis familial, tous les jours, à six heures.