L’institutrice est, en effet, devant la table de travail, une plume en main. Sans doute, elle prépare les devoirs de Mad. Mais elle n’écrit pas ; elle réfléchit… La même expression soucieuse altère son visage un peu fatigué et ses yeux regardent fixement loin devant elle, vers les cimes vertes des arbres.

Guillemette lui effleure l’épaule et interroge, très douce :

— M’selle, je ne voudrais pas être indiscrète, mais vous avez l’air d’avoir un souci… Est-ce que… je ne pourrais rien pour vous aider, un peu, à le porter ? Dites-moi pourquoi vous n’aimez pas l’été ? C’est cette simple petite question qui vous a attristée…

— Parce que l’été est une saison dure à passer pour moi !…

Guillemette la regarde sans comprendre ; et Mademoiselle se sent loin, — oh ! si loin ! — de cette jeune créature que la vie a comblée.

— L’été vous est dur ?…

— Oui, c’est un temps pendant lequel je ne gagne pas, murmure Mademoiselle. Il m’apporte des vacances forcées ; et… il ne m’en faudrait pas !

Guillemette serre inconsciemment ses deux mains l’une contre l’autre. Quelque chose qui ressemble à une angoisse l’a fait tressaillir ; car si les paroles de Mademoiselle sont pour elle dépourvues d’un sens précis, elle les devine cependant lourdes d’inquiétudes… Et sa jeunesse heureuse se cabre, en un sursaut de révolte, devant la loi cruelle qui pèse sur certaines existences. Misérablement, elle se sent impuissante pour venir en aide à la petite institutrice de Mad.

Il y a, entre elles deux, un léger silence ; Mademoiselle est toute à son tourment ; et, Guillemette qui, de tout cœur, souhaiterait le lui enlever, se demande, sans trouver de solution, ce qu’elle pourrait bien faire… Le piano frémit, torturé par Mad qui s’impatiente devant un passage hérissé d’imprévu. Guillemette suggère, encourageante :

— Mais puisque vous gagnez toute l’année, Mademoiselle, vous pouvez bien vous reposer un peu pendant les vacances !