Mme Seyntis est un peu rouge, — elle le devient facilement — souriante auprès du vieux roi de Susiane qui s’assied en dandinant la tête d’un air de satisfaction.

Comme Guillemette obéissante approche, elle lui murmure, avec une mine bizarre, paraissant à la fois mécontente et flattée :

— Le roi t’a remarquée et désire que tu lui sois présentée.

— Le roi ! répète Guillemette effarée. Si encore c’était le prince héritier, elle comprendrait ; mais ce vieux souverain qui la regarde avec de gros yeux bienveillants derrière ses lunettes d’or !…

— Sire, ma fille, que Votre Majesté a souhaité connaître ! dit Mme Seyntis qui paraît très au fait du langage des cours.

— Ah ! votre fille !… C’est une jolie, très jolie créature, madame… Je vous fais mes compliments !

Et les gros yeux du roi rient derrière ses lunettes, cependant que Guillemette croit devoir s’abîmer en une révérence profonde, fort gracieuse. Elle sent aussi sur elle, avec l’attention de tous les assistants qui observent la scène, animés de sentiments variés, les yeux de diamant noir du jeune prince, lequel, se penchant vers son grand-père, lui murmure quelques mots en langue étrangère.

Le roi hoche un peu la tête ; puis, à Guillemette, restée debout devant lui, attendant la fin de l’audience, il dit avec un fort accent exotique :

— Le prince aimerait danser avec vous… N’est-ce pas, vous consentez ?

— Oh oui… je veux bien… Je consens… Sire, bredouille Guillemette saisie, son amour-propre caressé par la mine radieuse du prince qui, s’inclinant devant elle, lui offre le bras et l’emmène, un peu comme une proie convoitée, à travers la haie des curieux respectueusement inclinés sur leur passage. Elle a l’impression drôle de se mouvoir comme une comédienne de féerie ; et une folle envie de rire erre sur ses lèvres. Mais elle est trop bien élevée pour en rien trahir et se montre tout à fait à la hauteur des circonstances. Toutefois le prince ne lui disant rien et se contentant de la dévorer des yeux, elle commence à se demander si l’étiquette l’autorise, ou non, à entamer la conversation. Toujours spontanée, elle se décide et se lance :