— Je suis confuse, Monseigneur, d’avoir usé de votre bonne grâce avec si peu de cérémonie à Danestal… Mais je ne pouvais deviner, n’est-il pas vrai, à qui je m’adressais, j’avais l’honneur de m’adresser corrige-t-elle, pensant qu’il faut des phrases en guirlande pour les grands de la terre.

Le prince a un sourire content qui découvre ses dents luisantes.

— C’est justement parce que vous me parliez comme à n’importe quel homme au monde, que c’était si joli et réjouissant… Mais vous êtes partie tellement vite !

— Je vous remercie, Monseigneur, d’avoir trouvé que je partais vite…

Le prince ne comprend pas trop de quoi elle le remercie. Mais il est par-dessus tout sensible à la grâce du visage expressif, du petit nez impertinent, des lèvres insolemment fraîches. Et il s’exclame :

— J’espérais bien vous retrouver ici, à cette fête ! car je n’ai jamais rencontré une Française qui me paraisse plus charmante que vous !

Guillemette pense que les compliments du prince royal de Susiane ressemblent à des pavés.

Mais enfin, c’est un étranger. Il a des excuses si ses madrigaux sont dépourvus de voiles.

Il continue :

— Quel dommage que vous n’habitiez pas la Susiane !… Est-ce que vous n’y viendrez pas en voyage ?