— Oh ! Monseigneur, tout arrive !… Mais ce n’est pas probable…
— Vraiment !… c’est bien ennuyeux !… Voulez-vous que nous valsions ?
— Je suis à vos ordres, Monseigneur.
L’orchestre n’a pas joué trois mesures que Guillemette est renseignée. Le prince de Susiane bostonne en sauvage. Mais il est plein d’ardeur et entraîne allègrement Guillemette qui cherche un moyen poli de l’arrêter, car elle trouve odieux de tournoyer ainsi à la dérive, sous les regards de tout Houlgate qui considère leur couple et doit nécessairement se moquer de leurs évolutions pitoyables.
Le vieux roi, lui aussi, les contemple d’un œil complaisant, pensant que la jeunesse est un charmant spectacle. Il est lourdement assis près de la princesse de Bihague et a fait placer aussi à son côté Mme Seyntis qui, en sa sagesse, n’apprécie pas du tout l’honneur fait à Guillemette ; ayant les principes les plus arrêtés sur la réserve dont une fille bien élevée ne doit jamais sortir.
Non moins mécontent, est René qui regarde rageusement le couple formé par Guillemette et son royal danseur. S’il écoutait son impulsion, il enverrait tout bonnement, par la fenêtre, le prince qui a l’audace de laisser voir à ce point combien Guillemette est à son gré.
Où sont-ils donc maintenant ? De l’embrasure où il s’est réfugié, René inspecte le flot des danseurs. Ni le prince ni Guillemette n’y passent plus.
C’est qu’elle, lasse de valser à contre-temps, a glissé à son danseur, sur le ton le plus aimable :
— Ne trouvez-vous pas, Monseigneur, qu’il fait bien chaud ? Si nous nous reposions un peu ?…
— Puisque vous le désirez, oui, mademoiselle. Ah ! comme vous dansez bien !… Je pense que les fées dont parlent vos contes et les nôtres devaient danser ainsi… Où donc pourrai-je encore valser avec vous !…