La crise de coquetterie de Guillemette s’accentue au parfum de l’encens que lui offre généreusement le prince héritier. Elle sait à merveille que c’est un jeu bien vain de s’appliquer à griser cette altesse du charme de sa jeunesse. Mais parce qu’elle est femme dans toutes les fibres de son être, elle s’y emploie de son mieux, candidement, avec un entrain qui saisirait sa mère d’indignation et d’horreur…
Ils sont entrés dans le petit salon réservé au roi et à son petit-fils. Ils s’y trouvent seuls.
Elle joue avec une rose détachée de son corsage et en tourmente les pétales :
— Monseigneur, en Susiane, vous trouverez aisément des danseuses qui vous empêcheront vite de vous souvenir de moi…
— Non ! fait-il un peu impérieusement. Voulez-vous me donner votre rose pour me rappeler cette fête et notre danse ?
Elle secoue la tête négativement.
— Non, Monseigneur.
— Pourquoi ? jette-t-il, prêt à se cabrer.
— Elle embarrasserait trop vite Votre Altesse.
Encore une fois, il ne la comprend pas ; et il se penche vers elle, pour lire la pensée des prunelles qui ressemblent à une eau profonde. Elle est très rose sous le tulle blanc de son chapeau ; et le parfum des fleurs qui se fanent à son corsage l’enveloppe comme la senteur même de sa jeunesse ; une senteur qui affole ce garçon de vingt ans. D’un élan brusque, il s’incline plus encore, sa main enlace la taille menue et sa bouche cherche follement les lèvres qui sourient, un peu entr’ouvertes…