Mais il frôle seulement la joue. Guillemette s’est rejetée en arrière et le bout de ses doigts fouette le visage du prince, tandis que, d’une voix basse et cinglante qui n’est plus la sienne, elle jette, révoltée :

— Monseigneur, vous vous comportez comme un drôle !

Tout cela s’est passé en quelques secondes et ils se considèrent, effarés l’un et l’autre de ce qu’ils ont osé, comme deux enfants qui viennent, ensemble, de faire une sottise. Guillemette est courroucée ; le prince confus.

Il murmure :

— Pardon… Pardon… J’ai perdu la tête. Vous êtes tellement… tellement captivante !

Guillemette ne sent point faiblir sa colère, quoi qu’elle sache très bien n’être pas innocente de ce qui vient de se passer. Très digne, la bouche sévère, elle demande :

— Monseigneur, voulez-vous me donner le bras pour me ramener dans la salle de danse ?

— Oui… oui… Mais avant dites-moi que vous me pardonnez. — Je veux… Je vous en supplie. Soyez bonne puisque vous m’avez puni… car c’est la première fois que le prince de Susiane reçoit un soufflet !

C’est vrai pourtant qu’elle l’a traité comme le premier venu. Le côté comique de la scène se dessine en sa mobile pensée et l’ombre d’un sourire court sur ses lèvres :

— Oh ! Monseigneur, c’était un si petit soufflet ! D’ailleurs, c’est vrai, je l’ai donné… Nous sommes quittes !…