René pense que cette petite institutrice a vraiment une de ces âmes adorables et touchantes qui vivent heureuses des miettes d’affection qu’elles recueillent. Un moment il oublie la préoccupation qu’elle vient de lui jeter dans l’esprit.

— Est-ce que je serais indiscret de vous demander comment Guillemette est bonne pour vous ? interroge-t-il amicalement.

— Elle veut bien causer avec moi de mon home parce qu’elle sait que cela me console un peu d’en être loin… Elle s’intéresse à ma mère, à ma sœur… Et puis, c’est elle, j’en suis sûre, quoiqu’elle n’en ait jamais parlé, qui m’a valu d’être aux Passiflores pendant les vacances… Et c’était une si bonne chose pour moi !…

Mademoiselle, toute rose d’animation, devient presque jolie. Elle ne s’en doute guère et René ne s’en aperçoit pas. Il songe à la Guillemette inconnue dont il vient d’avoir la révélation, et il ressent un plaisir profond qu’elle soit ainsi… Il va, de nouveau, interroger, désireux de pénétrer mieux la valeur des craintes de Mademoiselle. Il en est empêché par l’apparition de Mad, les joues brûlantes sous sa toison d’or ébouriffée, mais triomphante, la partie gagnée.

— Bonjour ! oncle René… Ah ! nous nous sommes rudement amusées ! M’selle, vous savez que le premier coup est sonné pour le dîner !

René et Mademoiselle se dressent, aiguillonnés par l’inquiétude d’être en retard, tous deux infiniment soucieux de l’exactitude.

— Diable ! diable ! mais alors nous n’avons que le temps de nous mettre en tenue. Quelle nouvelle, nous apportes-tu là ? Mad. Vous venez ? mademoiselle.

— Oui, je range le parasol et je vous suis…, fait Mademoiselle toujours consciencieuse. Son âme est légère autant qu’une aile de papillon depuis qu’elle s’est confiée à René Carrère.

XVI

Celui-ci, en revanche, reste un peu soucieux de l’avertissement qu’il vient de recevoir. Quelle importance faut-il attacher à cette demi-confidence ?… Peut-être aucune ! En son inexpérience. Mademoiselle a dû exagérer ; car il est inadmissible que sa sœur, son beau-frère entretiennent des relations qui pourraient être fâcheuses pour leur fille. Lui, personnellement, ne connaît pas du tout Mme de Vausennes qu’il a vue en visite cinq ou six fois et dont il n’a pas goûté les allures exubérantes, la voix aiguë, le rire trop fréquent et trop haut. Mais ces défauts-là ne pourraient l’empêcher d’être une estimable personne.