René n’en entend pas davantage. Sur la terrasse où il fume, apparaît la robe blanche de Guillemette qui a fini d’offrir les liqueurs. Il jette son cigare et lui avance un fauteuil. Mais elle n’approche pas :

— Ne vous dérangez pas pour moi, mon oncle. J’ai là un pliant…

Elle s’assied un peu à l’écart et demeure immobile, le regard perdu, dans l’ombre, vers le ciel sans étoiles où courent des éclairs… Tout à coup, elle a un tressaillement, comme rappelée de très loin, parce que, à ses côtés, monte la voix de René :

— Guillemette, est-ce que nous sommes brouillés ? Si cela est, dites-moi pourquoi… afin que la réconciliation soit possible…

Il ne saurait dire quelle brusque impulsion l’a amené vers elle et lui a mis aux lèvres cette question.

— Mais non, oncle, nous ne sommes pas brouillés que je sache ! A quel propos, le serions-nous ? mon Dieu…

— Alors, Guillemette, pourquoi n’êtes-vous plus ma confiante petite amie ?… Pourquoi me fuyez-vous et me tenez-vous votre pensée close ? J’avais pris la douce habitude d’être traité par vous en confident très attentif, très dévoué, à qui vous êtes très chère… Et il me semble dur que vous ayez changé sans que j’aie démérité…

— Vous n’avez pas démérité, oncle, mais je n’ai rien à vous confier… pour le moment…

Elle a eu un imperceptible frisson comme s’il pouvait lire en elle, bien que la nuit l’enveloppe ; et ses lèvres se contractent un peu, pour mieux retenir toute parole imprudente…

Il reprend :