— Et cependant ce soir, vous êtes préoccupée… Quelqu’un ou quelque chose vous a contrariée profondément… Ne dites pas non !… Je commence, moi aussi, à vous connaître bien…
Dans l’ombre, il sent sur lui la douceur des yeux qui pensent. Il ne peut savoir quel apaisement elle trouve dans la certitude d’être en absolue sécurité près de lui qui, jamais, ne se comporterait comme le prince ou comme Maurice Vernaud avec Régine… Car elle n’a pas tout dit à Mademoiselle ; pas un mot de la scène qu’une glace lui a révélée dans la chambre de son amie, des baisers dévorant un visage qui ne se refusait pas…
Et dédaigneuse de se dérober davantage, elle avoue, avec une franchise fière :
— C’est vrai, oncle, j’ai éprouvé tantôt une impression très… désagréable qui ne s’est pas encore effacée ; mais je dois la garder pour moi. Voilà tout… Ne vous inquiétez pas à mon sujet… Je crois…
Elle s’arrête ; sa voix est devenue presque grave.
— Vous croyez ?…
— Je crois que c’est pour mon très grand bien que je l’ai éprouvée… Tout de même, je vous assure, oncle René, je vaux un peu plus que je n’en ai l’air… Je vois très bien ce qui m’est bon ou mauvais… Et si je n’ai pas toujours la sagesse de faire le choix qu’il faut, — c’est trop difficile pour moi cela ! — du moins, je déteste ce qui est mal,… vilainement mal… Ne me jugez pas avec plus de sévérité que je ne le mérite…
— Je vous juge très droite et très loyale, Guillemette, fait-il d’un ton où elle devine combien est sincère l’hommage qu’il lui offre ainsi.
— Ah ! tant mieux, mon oncle… Et ne doutez plus de votre amie, même quand elle est bouche close avec vous… Dites-vous simplement qu’elle a quelque raison de se taire !… Et ayez foi en elle…
— Oui, Guillemette, j’aurai foi…