C’est elle qui lui tend la main… Il la garde dans les siennes, une ? plusieurs ? secondes, il n’en a pas conscience… Tous deux, ils songent…

Mais au seuil du salon, Mme Seyntis appelle, le ton un peu mécontent :

— Guillemette, tu es là ? Que fais-tu donc à bavarder sur la terrasse avec ton oncle ? J’imagine que tu peux rester dans le salon comme tout le monde !

Dans le cadre lumineux de la porte-fenêtre, apparaît, près de Mme Seyntis, la silhouette de Louise de Mussy.

— Oh ! madame, ne faites pas rentrer Guillemette. Ce serait si charmant d’aller la retrouver !

Et, gracieuse, elle se rapproche des deux jeunes gens…

XVII

René a, en conscience, rempli la mission dont Mademoiselle l’avait chargé. Il a questionné, adroit et discret, autant qu’un vieux policier ; et il connaît maintenant tous les potins — vrais ou faux — qui circulent sur le ménage de Vausennes. Il n’ignore plus que madame est l’épouse très coquette, réputée pour de légères aventures, — assez voilées en effet pour ne lui avoir pas enlevé sa qualité de femme du monde ; — l’épouse d’un mari qui aime vraiment trop, pour la sécurité de son foyer, les voyages d’exploration. Tout adonné à ses curiosités géographiques, il paraît désintéressé absolument des curiosités sentimentales et autres de sa femme qui tient une place fort menue en son existence de travailleur.

Leur fille Régine a toutes les chances pour être, dans l’avenir, une seconde édition de la mère. Les garçons poussent au petit bonheur dans un foyer où chacun pratique, avant tout, la loi du bon plaisir.

Ces divers renseignements, donnés avec détails, ont rempli René d’une vertueuse indignation contre sa sœur qui accepte des relations avec une femme tarée et laisse Guillemette fréquenter un pareil milieu.