Il a préféré ne point manifester son sentiment à son beau-frère, parce qu’entre hommes, les propos peuvent aisément prendre une gravité fâcheuse en la circonstance. Mais rentré de Trouville à l’heure du chien et loup et trouvant, par extraordinaire, sa sœur seule à travailler devant son métier — une série d’invités vient de disparaître ; Guillemette est en auto avec son père… — il part résolument en guerre car il estime que c’est son devoir… Peut-être sa sœur ignore-t-elle, en somme, ce qui se dit de Mme de Vausennes… Alors, elle doit être avertie.

Et il interroge :

— Marie, est-ce que tu connais beaucoup les de Vausennes ?

Étonnée de la question, elle s’arrête de broder :

— Qu’appelles-tu « beaucoup » ?… Il y a plusieurs années que nous les voyons… nos filles avaient été au cours et au catéchisme ensemble ; et ils sont nos voisins de campagne. Pourquoi me demandes-tu cela ?

Il a une hésitation… Le rôle d’accusateur lui est odieux… Et Mme Seyntis a l’air si loin de se douter où il veut en venir ! Elle répète, piquant avec soin son aiguille :

— Pourquoi ? René.

La pensée qu’il s’agit du bien de Guillemette balaie son hésitation. Et son accent a une fermeté presque dure quand il répond :

— Parce que j’ai entendu tenir sur le compte de Mme de Vausennes certains propos qui m’ont fait trouver très surprenant que tu la voies.

Mme Seyntis conserve toute sa sérénité :