— Mon pauvre ami, on raconte tant de choses ! C’est parce que tu arrives d’Afrique que tu prends garde à ces potinages ! Moi, il y a bien longtemps que j’ai renoncé à le faire…

René sent que la bonté naturelle et la charité évangélique de Mme Seyntis lui mettent sur les yeux un bandeau singulièrement opaque.

— Alors, tu ne crois pas, Marie, qu’il puisse y avoir jamais quelque chose de vrai dans ces potinages, comme tu dis ?

— En ce qui concerne Mme de Vausennes, non vraiment, je ne le crois pas… Je t’accorde qu’elle est, pour mon goût, trop mondaine ; que peut-être, il n’y a pas, dans sa tenue, la réserve qui fait qu’une femme ne peut jamais être mal jugée ; mais de même que mon mari, je la tiens surtout pour une aimable personne avec qui les relations sont agréables.

Ici, un silence. Dans la pièce voisine, en entend les gammes rageuses de Mad et la voix assourdie de Mademoiselle qui proteste contre les notes fausses.

— Soit, Marie, l’opinion que Mme de Vausennes donne d’elle-même est fausse… Après tout, je ne demande pas mieux que de l’admettre !… Et je reconnais que toi-même, tu es assez impeccable…

Mme Seyntis a un geste instinctif de protestation modeste.

— Assez impeccable pour ne pas avoir à redouter certaines relations. Mais tout le monde n’a pas ton indulgence pour juger… cette dame et son milieu. C’est pourquoi je regrette très fort que Guillemette puisse y être rencontrée. Va chez elle si cela te convient, mais, crois-moi, n’y envoie pas ta fille !

Cette fois Mme Seyntis ne songe plus à bien ombrer ses fleurs, et reste, au contraire, l’aiguille en l’air. Elle est troublée, envahie secrètement par la crainte de s’être mise en faute… Ce qui lui est très désagréable.

— Mais que veux-tu dire ? René ; que t’a-t-on raconté ?