L’accent de René calme soudain l’irritation de Mme Seyntis ; la confusion l’envahit pour les paroles qu’un obscur élan a fait jaillir de sa pensée.

Elle tend la main vers son frère.

— René, ne sois pas susceptible… J’ai été trop vive, mais, tu comprends, j’étais si bouleversée de ce que tu m’apprenais… et dont je ferai mon profit !

Il sent la sincérité de ce regret et ne repousse pas la main conciliante qui vient à lui. Toutefois la secrète blessure que lui ont faite les paroles de sa sœur garde son acuité. La voix brève, parce qu’il fait effort sur lui-même, il répond :

— Tu agiras, Marie, comme tu le jugeras bon. Le rôle malencontreux que j’ai dû remplir est achevé… Tu es avertie de ce que tu ignorais…

— Oh ! oui, de ce que j’ignorais ! avoue-t-elle, remplie de componction… Moi qui veille si soigneusement sur ma Guillemette ! Ah ! grâce à Dieu ! elle n’est encore qu’une petite fille et il me reste quelques bonnes années pour la conserver près de moi… Oh ! non, nous ne voulons pas la marier de bonne heure !… Et heureusement, elle ne le souhaite pas du tout…

René ne répond rien. Son visage a des lignes d’une fermeté presque dure, dans l’ombre qui s’empare insensiblement du salon. C’est vrai, Guillemette ne paraît nullement désireuse de donner son âme. Elle a encore le rire insouciant des petites filles. Mais combien de mois, de jours, demeurera-t-elle ainsi ?

Quoi qu’en dise sa mère, elle est à l’âge où il suffit du hasard d’une rencontre pour que l’étincelle jaillisse… Et soudain, dans son cerveau, s’anime la vision d’une Guillemette devenue femme, ayant aux lèvres, dans les yeux, le je ne sais quoi d’incomparable que l’amour y fait luire.

Et cette Guillemette-là possède le charme troublant de Nicole…

René a un léger sursaut, en entendant sa sœur dire, la voix amicale, avec un désir évident d’effacer sa fâcheuse sortie :