— Ah ! nullement, et je t’assure que je n’en ai guère l’envie… Depuis six semaines, tu fais défiler devant moi un certain nombre de jeunes personnes parmi lesquelles, évidemment, j’avais toute sorte de chances pour découvrir l’élue ; eh bien, à cette épreuve, tout mon enthousiasme, mon ardeur, ma confiance sont tombés… Et je n’ai que le désir de demeurer dans ma solitude… du moins, quelque temps encore !
— Oh ! René, tu me désorientes tout à fait… Car enfin Louise de Mussy, Suzanne Danville sont parfaites et tu n’aurais qu’un mot à dire…
— Ah ! leur perfection ne m’en donne guère envie… Elles me produisent l’effet de modèles de vertu… non de femmes…
— René !… Mais René !!! je ne te reconnais plus !
— Moi non plus, je ne me reconnais plus ! La vie de France est en train de me compliquer de façon déplorable !
Mme Seyntis ne relève pas ces incompréhensibles paroles, car un coup discret est frappé à la porte et le maître d’hôtel, apparaissant, demande :
— Madame veut-elle que la cloche du dîner soit sonnée bien que Monsieur et Mademoiselle ne soient pas encore rentrés ?
— Sonner la cloche ?… Est-il donc l’heure déjà ?
— Oh ! oui, madame, l’heure passée…
Toute à sa conversation avec René, en effet, Mme Seyntis n’a pas pris garde que le temps fuyait. Une sourde anxiété l’étreint :