— Comment, Raymond et Guillemette ne sont pas ici, à plus de sept heures ? Et pourtant Raymond n’aime pas à rentrer à la nuit en cette saison ! Mon Dieu, pourvu qu’il ne leur soit rien arrivé ! Oh ! ces autos !…

La même inquiétude a traversé l’esprit de René. Que sait-on ? Aussi bien, il peut s’agir d’un simple retard amené par quelque cause banale, comme de l’un de ces accidents qui sont des catastrophes… Brutalement, une seconde, il voit Guillemette inerte, blessée, plus peut-être. Ah ! tout plutôt que cela !

Mais il se raidit aussitôt, surpris et impatient de ce brusque désarroi de ses nerfs. Où donc est le sang-froid qu’aucun danger n’a jamais pu altérer en lui ?… Pourquoi tout de suite imaginer un malheur ?… C’est absurde !

Absurde, soit. Mais le calme ne revient pas en sa pensée quoiqu’il n’en trahisse rien, pour ne pas ajouter à l’émoi de Mme Seyntis qu’il voit grandir… Et chez lui aussi, l’inquiétude monte silencieusement avec les minutes qui s’enfuient et emportent la sécurité où sa volonté prétendait le maintenir ; — alors qu’il a perdu cette sécurité au moment même où il apprenait le retard inexpliqué…

— Oh ! René, ne trouves-tu pas bien… singulier qu’ils ne soient pas encore de retour ?… Pourquoi ? Qu’a-t-il pu arriver ?

Il essaie de la rassurer, — avec la conscience que les paroles sont tellement vaines ! Ses yeux ne quittent plus les aiguilles de la pendule qui marquent huit heures un quart.

André, Mad et Mademoiselle sont entrés dans le salon, comme chaque soir, pour attendre le dîner. Mademoiselle est remplie de compassion pour Mme Seyntis et lui adresse de pieuses paroles réconfortantes. Mad est prête à pleurer, et André impatiente sa mère avec ses assurances juvéniles que, bien sûr, rien du tout n’est à craindre, qu’il est tout à fait inutile de se tourmenter, etc.

Et les minutes fuient toujours.

René, ayant pitié de sa sœur, la laisse aller sur la terrasse inspecter la route ; lui-même sort, dévoré d’un besoin instinctif d’activité, d’une soif de faire quelque chose… Quoi ? Où aller les chercher ? Comment savoir ?…

La nuit est absolue, une de ces nuits de septembre épaisses de brumes. Avidement, il sonde les lointains obscurs pour y trouver le feu de la voiture… Une fois, deux fois, il a un tressaillement d’espoir, en tendant le grondement d’une auto. Mais la voiture ne s’arrête pas et passe en tourbillon devant la villa. Une autre s’enfonce dans une propriété voisine…