— Si vous en êtes sûr, soit. Je crois bien que vous allez me manquer très fort ! oncle.

Il tressaille. Comme elle dit cela simplement !… Parce qu’elle s’adresse à un oncle. Autrement, elle n’aurait pas cet abandon ! C’est doux et triste de l’entendre parler ainsi…

— Je vous remercie, Guillemette, de me regretter un peu… Alors, dites-moi, vous ne me trouvez plus aussi ennuyeux qu’à mon arrivée ?

Son rire sonne dans la mélancolie du crépuscule.

— Je ne vous ai jamais trouvé ennuyeux, mon oncle, mais trop sage pour moi ! Je me sentais écrasée par votre supériorité. Maintenant, je ne sais comment la transformation s’est accomplie, vous êtes bien plus à ma portée… Vous ne me faites plus l’effet d’appartenir à la sérieuse phalange des parents…

— Pauvres parents ! Comme vous les considérez !

Elle a, pour l’arrêter, un geste presque suppliant :

— Oncle, je vous en prie, comprenez-moi… J’adore maman… Et pourtant… pourtant, comme nous vivons moralement loin l’une de l’autre !… Jamais je ne m’aventurerais à lui confier les papillons fous qui tourbillonnent à travers ma cervelle. Sa sagesse aurait si vite fait de les balayer ou de les écraser !… Voyez-vous, mon oncle, quand j’entends des mères se plaindre que leurs filles ne soient pas confiantes avec elles, j’ai toujours envie de leur murmurer que ce n’est pas, très souvent, la faute des filles !

— C’est possible, fait-il, pensif, étonné que sa jeunesse ait tant de clairvoyance et de réflexion.

— Plus tard, si j’ai des filles, je m’appliquerai à devenir leur meilleure amie… celle à qui l’on dit tout, parce qu’on est sûre que, même les enfantillages, même les sottises, grosses et menues, seront écoutées avec indulgence… Non pas sévèrement condamnées et exécutées !… Mais je ne sais vraiment pas pourquoi je vous raconte tout cela… Sans doute, parce que j’avais pris, peu à peu, l’habitude de bavarder avec vous sans crainte de me voir rabrouée par la vertu sévère des Carrère… O mon oncle, comme c’est triste ce qui finit…