Guillemette ne se laisse pas troubler et continue :
— Et puis… et puis… elle se promènerait avec moi ! Vous savez bien, maman, que vous regrettez toujours, dans l’été, que je n’aie personne pour m’escorter sur les routes, puisque miss Murphy ne marche plus ! M’selle serait un chaperon parfait !
Mme Seyntis considère sa fille avec une surprise grandissante. Où Guillemette veut-elle en venir ? Qu’est-ce que cette fantaisie d’emmener Mademoiselle que, d’ordinaire, elle déclare trop austère…
— Mon enfant, tu ne manqueras pas de société à Houlgate ; et vraiment, la villa est trop vite remplie pour que je perde inutilement une chambre en amenant une personne de plus à loger…
Ça, c’est le grave de la question ! Si la maîtresse de maison parle impérieusement dans la pensée de Mme Seyntis, il n’y a rien à faire. Et alors, Guillemette prend résolument son parti… Jusqu’alors, par délicatesse, pour ne pas trahir la confidence faite dans une minute de faiblesse, elle a essayé de taire le motif vrai de sa demande… Mais si elle veut le succès, il faut dire la vérité, lui semble-t-il.
— Mère, je crois que vous feriez une bonne œuvre en emmenant M’selle !
De nouveau, Mme Seyntis laisse tomber son ouvrage et regarde Guillemette comme si elle venait de s’exprimer en une langue étrangère.
— Comment, une bonne œuvre ?… Mais Mademoiselle n’est pas dans la misère, que je sache !
— Non, maman… Mais elle n’est pas très fortunée… Et je m’imagine qu’elle regrette — pour cause ! — les mois de vacances où elle ne gagne rien…
Guillemette répète les propres paroles de Mademoiselle afin qu’elles produisent sur sa mère l’impression qu’elles lui ont faite. Mais Mme Seyntis n’a plus dix-huit ans ; elle est un peu blasée sur le chapitre des difficultés et infortunes de la vie, d’autant qu’elle ne les connaît pas par expérience. Si charitable et bienveillante qu’elle soit, elle vit enfermée dans l’étroite chapelle où règnent les objets de son culte, son mari et ses enfants ; et du reste des humains, elle s’inquiète avec le secret détachement que nous avons pour ce qui nous est étranger. Aussi réplique-t-elle, paisible :