— Pourquoi ?… Parce que vous m’avez appris… — oh ! sans le vouloir !… — ce que c’est de se reposer absolument sur un autre être… Il faudra donc que l’homme qui deviendra tout pour moi soit sérieux autant que vous pour m’inspirer le sentiment délicieux d’une foi sans limites… Et, en même temps, il faudra qu’il m’aime… très follement… — ne soyez pas scandalisé ! mon oncle, — qu’il m’aime… comme les hommes aiment les femmes qui ne sont pas leur bien… Aussi, je me doute que je cherche un bonheur très difficile à rencontrer !
Il l’écoute sans l’interrompre d’un mot, recueillant l’intime révélation de cette âme qui s’ouvre à lui et l’attire à lui donner le vertige… Combien, tout ensemble, elle lui apparaît proche et lointaine !… Ah ! où est la sagesse ?… la fuir ou tenter de la rendre sienne ?…
Sans soupçon du rêve qu’elle éveille, elle continue, attentive à sa seule pensée :
— Et puis, j’ai vu, par l’exemple de Nicole, — et d’autres encore ! — combien peu cela sert, pour être heureuse, de se marier par amour seul, en donnant tout son cœur, sans souci des objections, des obstacles, des reproches, parce qu’on croit recevoir ce qu’on donne soi-même… On peut être si durement trompée !… C’est un peu effrayant… surtout pour moi qui comprends trop bien que je serai, dans l’avenir, ce que me feront mon mari et mon mariage,… comme Nicole !…
Il a l’intuition qu’elle voit ainsi la vérité. Et il l’enveloppe d’un coup d’œil presque effrayé, parce qu’elle a déjà réfléchi à toutes ces choses dont elle parle avec un sérieux de femme… Oh ! non, elle n’est plus une petite fille !…
Pourtant, ainsi qu’il gronderait une enfant déraisonnable, il reprend, et la lutte intime qui se livre en lui donne à son accent une sorte d’âpreté :
— Vous avez été élevée de telle sorte, Guillemette, que vous devez être incapable de faire ce qui serait indigne de vous…
— Oh ! mon oncle, ne croyez-vous pas qu’il se trouve des moments où tous les bons principes reçus n’ont pas plus de force que des fétus de paille ?
— Guillemette, petite fille, vous parlez de ce que vous ne pouvez savoir…
— De ce que je ne peux savoir par moi-même, oui, mon oncle… Mais je vais dans le monde… et je vois… j’entends des choses qui me font réfléchir… L’exemple de Nicole m’a beaucoup instruite.