Il a un tressaillement d’impatience. Quel abîme il voudrait creuser entre elle et Nicole de Miolan !
— Nicole supporte le malheur d’avoir été déplorablement gâtée. Ce sera toujours son excuse, quoi qu’elle fasse. Cette excuse vous ne l’auriez pas, vous, enfant.
— Qu’importent les excuses ! mon oncle. Il n’y a que les faits qui comptent vraiment. Ça ne change rien à ce qui est, les raisons pour lesquelles on a été amené à agir de telle ou telle manière.
Jamais encore, il ne l’avait entendue parler ainsi… Quelle expérience, il y a déjà dans cette jeune tête !… Et cette fois, il ne cherche plus à lui répondre comme à une enfant :
— Vous avez raison, Guillemette ; mais les influences qui se sont exercées, font qu’on peut, ou non, pardonner à ceux qui s’égarent, qui se trompent…
Dans la solitude de la plage assombrie, la voix fraîche s’élève avec cet accent pensif qui étonne dans sa bouche juvénile :
— Oncle, ne croyez-vous pas qu’il faut toujours pardonner ?… Et ce n’est pas approuver !… Mais qui n’a pas besoin de pardon ? Voyez, maman est très indulgente ; et c’est une des qualités que je voudrais le plus posséder comme elle… Vous, oncle René… Elle se mit à rire, un peu malicieuse :
— … Vous avez la sagesse un brin rigoureuse !
— Et j’ai bien tort, Guillemette ; car je n’ai, pas plus que mes semblables, le droit de condamner…
Il y a de l’amertume dans sa voix. Elle le sent, et tourne aussitôt la tête vers lui avec une crainte de l’avoir froissé. D’un geste instinctif, elle pose la main sur son bras :