— Oncle, vous n’êtes pas fâché, dites, que je vous ai parlé si franchement ?… J’en aurais tant de regrets !… Car je vous aime très fort… sans en avoir l’air !… Et avec le meilleur de moi-même…
Ah ! si elle l’aimait, comme, silencieusement, il se prend à le désirer de toute son âme, elle ne lui dirait pas cela… Mais quelle douceur caressante a son accent, alors qu’elle continue :
— Je voudrais tant que, de cette dernière causerie — où j’ai été si franche avec vous, avouez !… — vous n’emportiez qu’un bon souvenir !… Ainsi, après votre départ, quand nous penserons l’un à l’autre, nous serons certains qu’il n’y a pas d’ombre entre nous…
— Petite Guillemette, quelle ombre pourrait-il y avoir ?… Comment serais-je fâché parce que je vous entends parler comme une femme qui réfléchit ?… Moi aussi, j’ai une prière à vous adresser. Quand je vais être loin, ne voyez plus en moi l’oncle sévère et maussade que vous redoutiez, mais un ami à qui vous êtes chère infiniment ; et, souhaitez-moi, puisque vous vous intéressez à mon bonheur, de savoir… enfin !… où je puis le chercher…
Que veut-il dire ?… Elle le regarde avec des prunelles attentives — et curieuses, — où il lit clairement qu’elle ne devine rien des mots qui lui montent aux lèvres… Et vers eux, accourt Mad qui leur crie :
— Mais vous ne revenez donc pas ?… Il est très tard !… On ne voit presque plus clair… M’selle dit qu’il faut rentrer très vite… Le dîner est plus tôt à cause de votre départ, mon oncle.
Elle a raison, cette petite. Il est bien tard. Le jour se meurt tout gris sur la mer dont les vagues sont lourdes, obscures, jetées vers le rivage par un souffle froid d’automne.
Et Guillemette, détournée de lui, aide déjà Mademoiselle à rassembler les pliants. Il entend son joli rire ; le timbre de sa voix a une sonorité si joyeusement claire que la certitude brutale s’abat sur lui qu’il a mieux fait de se taire…
XIX
Des jours et encore des jours ont coulé. Avec un camarade, puis seul, René a été de station en station dans les Pyrénées, obstiné à tenter toutes les ascensions encore possibles en cette fin de saison, afin de dompter, par la fatigue, sa pensée qui se souvient, regrette, discute le renoncement que la plus élémentaire raison lui impose.