— Je vous croyais à Luchon ?

— La saison est finie. Nous sommes partis pour Biarritz ; puis, sur mon désir, nous sommes venus ici où mes parents ont loué une villa afin de pouvoir y vivre solitairement. J’exècre les hôtels où toutes les rencontres deviennent possibles…

Une vibration passionnée a passé dans sa voix et ses yeux ont eu un éclair d’orage aussi vite disparu qu’il s’est allumé… Reprenant tout de suite son seul personnage de femme du monde, elle interroge, insoucieuse des passants qui regardent leur groupe, parce que nulle part, Nicole de Miolan ne demeurerait inaperçue :

— Et vous, René, comment êtes-vous ici ?

— J’y suis en voyageur… j’ai voulu revoir le Midi.

— Et vous n’êtes pas un voyageur trop pressé, n’est-ce pas ?

— Non… Je suis seul…, libre de mon temps…

— Alors, accompagnez-moi un peu, que nous causions… Voulez-vous ?… Cela me fait beaucoup de plaisir de vous rencontrer !

Il la sent tout à fait sincère et il en éprouve une bizarre impression de bien-être moral. Près d’elle, va-t-il enfin être distrait des souvenirs qu’il ne parvient pas à fuir ?

Quel don de beauté, elle a reçu ! il la regarde émerveillé de son éclat. La peau veloutée fait songer à un fruit splendide caressé par l’or du soleil. Elle marche près de lui, le visage pensif, sous sa capeline de paille blonde. Les paupières voilent le regard.