— Oh ! oui, l’Incompréhensible… l’Inconnu… Et des gens l’adorent, le servent, se donnent à lui, en font leur bonheur !… Les bienheureux !… Moi, j’ai une âme païenne… Mon dieu, c’est l’Amour !… C’est lui qui, pour moi, dispense le bien et le mal !…
Il sent tellement combien elle dit vrai qu’il ne songe même pas à relever ses paroles. A quoi bon ?… Il peut la plaindre, non la transformer.
Ils sont arrivés devant la mer qui miroite splendidement. Son souffle les frappe au visage et emporte quelques pétales des fleurs de Nicole. Lui, n’en voit rien. La houle, la senteur des vagues ont aussitôt ressuscité en lui la vision d’une autre plage, voilée par le crépuscule, d’une forme svelte sous une veste rouge, de deux prunelles profondes qui songeaient, presque graves, alors pourtant que la bouche souriait…
Nicole a l’intuition qu’il est loin d’elle et demande :
— René, est-ce que ce sont mes propos de mécréante qui mettent ainsi en fuite votre pensée orthodoxe ?… Je vous ai avoué déjà qu’il fallait avoir pitié de moi…
— Je me souviens… et cette pitié, je vous assure, Nicole, que je vous l’offre, respectueusement, bien sincère…
— Oui, je sais, je sais… Pour moi, vous êtes vraiment un ami, j’en suis sûre… Et c’est pourquoi il vaut mieux que je vous dise quelle raison m’a conduite ici, à Saint-Jean-de-Luz. J’ai fui Biarritz parce que j’y ai fait une rencontre.
— Une rencontre ?… répète-t-il, surpris de son accent.
— Oui, j’ai rencontré… mon mari qui m’a eu tout l’air d’être venu à Biarritz en mon honneur… Avait-il à me parler ?… Je n’en sais rien… Je n’ai pas ouvert la lettre qu’il m’a envoyée alors… pas plus que je n’avais ouvert les autres… Mon Dieu ! comment n’a-t-il pas encore compris qu’entre lui et moi, tout est fini !… Pour tâcher de l’en convaincre mieux, j’ai quitté aussitôt Biarritz… Mais je vis hantée par la crainte de le voir apparaître ici…
Il comprend pourquoi elle a les nerfs frémissants, pourquoi une fièvre brûle son être passionné.