La voix assourdie, elle poursuit, isolée dans son souvenir :
— Cela faisait sept mois que je ne l’avais vu. Il a changé… Mais pourtant, c’est toujours lui…
Lui, qu’elle a adorée… Lui, qui l’a fait souffrir… Lui, qu’elle n’oublie pas !… Une espèce de révolte gronde dans les bas-fonds du cœur de René… Pourtant, il n’attend ni ne veut rien de cette femme.
De nouveau, ils avancent silencieusement. Elle songe… à quoi ?… Et que pourrait-il lui dire ?
Mais elle a tout à coup ce mouvement d’épaules qu’il connaît bien, dont elle semble rejeter son fardeau en arrière et elle arrête vers lui ses yeux brûlants ; son accent devient railleur :
— Mon pauvre René, quelle fâcheuse compagne de promenade je vous offre !… Vous me trouvez plutôt ridicule, n’est-ce pas, avec ma manière de vous accabler de mes doléances, dès que je vous retrouve… Mais je me sens si effroyablement seule dans… dans la tourmente où je me débats !… Il y a des minutes où le besoin de parler de ma misère me ferait crier d’angoisse… Seulement, j’ai appris à me dominer… et je me tais…
Elle ne trahit, en effet, sa détresse, ni par un geste, ni par un éclat de voix ; elle garde son attitude de femme du monde qui tient des propos de salon. Et cependant, comme elle est poignante, cette plainte désespérée jetée ainsi dans le joli matin clair qui semble chanter la douceur de vivre…
René cherche à écarter d’elle, un peu, la sensation d’isolement :
— Nicole, vous avez vos parents…
— Mes parents ?… Ils sont excellents… Mais nous sommes aujourd’hui des êtres tellement différents que nous ne nous comprenons guère et n’arrivons qu’à nous faire souffrir mutuellement… J’en ai achevé l’épreuve… Et je me tais avec eux… Comme avec tous… Vous excepté, René.