— Avec moi qui, hélas ! ne peux rien pour vous…

— Si !… Vous pouvez quelque chose en ce moment… Restez quelques jours à Saint-Jean-de-Luz, voulez-vous ?… Nous ferons de longues promenades. Nous causerons beaucoup… Et cela m’empêchera de penser. C’est promis, n’est-ce pas ?… Pensez que vous accomplirez une œuvre de charité en m’abandonnant un peu de votre temps…

Ainsi, elle veut oublier, comme lui… Et l’oubli, c’est la paix, le repos sans prix…

— Je resterai autant que vous le souhaitez, Nicole.

Il ne cherche pas une seconde à se dérober au charme dangereux que pourtant il n’ignore pas et dont la puissance, à cette heure, lui est un bien, puis qu’elle l’arrache à son rêve inutile.

XX

La semaine va finir et René est encore à Saint-Jean-de-Luz. Ce sont des jours singuliers qui se sont égrenés pour lui, tels qu’il n’en avait peut-être jamais vécu.

Sur l’insistance très vive de M. et de Mme d’Harbourg, candidement désireux de distraire leur fille, il a été l’hôte quotidien de la villa ; et passif, pour fuir sa pensée, il s’est laissé envelopper par la troublante atmosphère que Nicole distille autour d’elle.

Pour la première fois depuis… — il ne saurait dire quand !… — il a vécu au gré de ses impressions sans souci de les juger ou de les dominer, éprouvant une sorte de jouissance aiguë, — non plus une terreur ! — à sentir la vie de Nicole se mêler à la sienne, l’absorber peu à peu jusqu’à écarter de son cerveau toute pensée où elle est étrangère.

Mais aussi était-ce un jeu, un caprice, une gageure de l’affoler comme les autres ? Elle a été avec lui telle qu’il ne l’avait jamais vue, la séduction même ; durant leurs causeries où, cependant, elle n’a rien livré du mystère de son âme ; durant leurs flâneries sur la plage et dans les petites rues luisantes de clarté ; pendant les soirées passées à faire de la musique ; les excursions sous la correcte égide de M. d’Harbourg qui, d’ailleurs, aussitôt à destination, les laissait errer seuls, estimant la marche mauvaise pour ses vieux ans et René un protecteur de tout repos.