Elle est là. Quand il est introduit dans le petit salon qu’elle a fait sien, il l’aperçoit assise devant sa table à écrire, la tête appuyée sur ses mains jointes. Elle porte une longue robe de maison d’un mauve rosé. Seule, la guipure du corsage voile le cou et les épaules. Devant elle, une lettre fermée. Au bruit de la porte, elle a un peu soulevé la tête et regarde qui entre ainsi chez elle, avec cette expression venue de très loin que René lui a vue bien souvent.
— Comment vous ? René.
Elle passe les doigts sur son front d’un geste inconscient et lui tend la main. Jusqu’au coude, les bras sont nus sous les dentelles qui ourlent la manche. René sent sous sa bouche la peau tiède, odorante comme la chair d’une fleur. Il se redresse un peu vite.
— Nicole, je vous demande pardon de venir ainsi vous déranger. Mais votre père m’envoie, désirant…
Et il fait la commission.
— Bien.
Elle a sonné, donné des ordres. Lui, a attendu pour prendre congé ; mais ses yeux l’ont suivie dans tous ses mouvements qui ont une souplesse caressante.
— René, pourquoi restez-vous debout ? Êtes-vous si pressé, ce matin ?
Elle s’est rassise à sa place coutumière, dans une bergère, voisine du bureau d’où elle peut apercevoir, jusqu’à l’horizon, la course capricieuse des vagues. Une lumière dorée flotte dans la pièce à travers la toile rousse des stores abaissés. Elle demande, tandis que sa main tourmente, sur la table, la lettre fermée :
— Nous n’avons pas décidé quelle promenade nous ferions tantôt ?