Un imperceptible silence. Puis René articule, soudain dompté par un mystérieux commandement :

— Choisissez-la, Nicole. Et choisissez-la belle,… car ce sera la dernière…

— La dernière ?… Pourquoi ? Nous ne partons ni les uns ni les autres.

— Si, Nicole… Moi, je pars.

— Oh ! non !!

Elle a jeté les mots comme un cri d’angoisse, qui le fait tressaillir. Il sent sur son bras le frôlement des doigts légers.

— Non, ne m’abandonnez pas, puisque vous dites que je vous suis encore chère un peu… chère comme une amie dont on a compassion, parce qu’elle est malheureuse… Ah ! si malheureuse !

Les traits de René prennent cette rigidité dure que leur donne une émotion qu’il maîtrise. Très doucement, il détache la main qui tremble sur son bras.

— Nicole, écoutez-moi… Parce que je vous ai vue souffrir, j’ai pu oublier… tout le passé… Mais pour… pour notre bien à tous deux, je ne veux pas m’exposer à ce que ce passé ressuscite !

Au fond des yeux qu’elle attache sur lui, il voit passer une étrange expression, attirante à la façon des abîmes dont la contemplation affole. Puis elle a un léger haussement d’épaules ; et il comprend combien peu comptent, pour elle, les lois qui courbent d’autres âmes.