— Et quand cela serait, René, vous êtes libre !… Moi aussi… Ce que nous voulons, nous pouvons le faire. Personne n’a le droit de nous demander compte de nos actes… Ne pensez pas à l’avenir… Vivez comme moi dans la minute présente !… René, René, ne me laissez pas seule en ce moment… Ne partez pas encore !… J’ai tant besoin de me sentir gardée, protégée…

Elle a l’accent de supplication d’une créature en péril qui implore le secours désespérément. Dans ses yeux, se mêlent de la détresse, de la confiance, un mystérieux appel… Quoi encore… qu’il n’ose lire ?… Ah ! il ne sait pas !… Il ne cherche plus à comprendre pourquoi elle veut le retenir… Pourquoi tout à coup, elle est sortie de la farouche réserve où elle enveloppait son âme, pourquoi elle s’attache à lui, dans un élan qui jette le vertige en tout son être. La voix altérée, il prononce :

— Nicole, si je puis vraiment quelque chose pour vous, dites-le-moi… Mais ne me faites pas perdre toute sagesse… Souvenez-vous que je suis un homme qui vous a adorée autrefois… Et il ne faut plus qu’il en soit ainsi… Il ne le faut plus !

De nouveau, dans les yeux de la jeune femme, luit ce regard qui bouleverse René d’un désir aveugle de l’envelopper enfin de son étreinte, de connaître la saveur de ses lèvres, d’oublier, par elle, tout ce qui n’est pas elle…

— René, je suis terriblement égoïste… Mais je trouverais bon que vous m’adoriez, ainsi qu’autrefois… Vous savez bien que j’ai, pour mon malheur, un cœur insatiable… Seulement, rien de semblable n’arrivera !… Ne craignez pas pour votre sagesse… Vous en êtes toujours le maître… Pensez seulement que vous m’avez promis d’être un ami très dévoué… Et donnez-m’en la preuve en restant… Votre présence exorcise les mauvais fantômes !

Elle parle d’un ton bizarre, un peu sourd, où semblent frémir des sanglots. Les doigts ont repris la lettre jetée sur la table et la froissent nerveusement.

Une intuition éclaire la pensée de René. Cette lettre doit être encore de son mari. Ah ! toujours cet homme !… Un vent de folie s’élève en lui ; rafale où sombre toute volonté, toute conscience, tout souvenir… Sans un mot, il se penche, attire, d’un geste impérieux, le beau visage ardent et sa bouche écrase les lèvres entrouvertes…

Une seconde, leurs regards se mêlent, éperdus. Au fond de ses prunelles, il y a la flamme de l’homme qui veut… Dans celles de Nicole, une sorte de désespoir sombre, d’hésitation, de lassitude, tandis qu’elle demeure immobile sous les baisers qui brûlent son visage…

Mais presque aussitôt, elle se redresse violemment, se rejette en arrière… Et, très bas, avec des lèvres qui tremblent, elle dit :

— Eh bien… non !… Pas cela !!… Il ne faut pas que cela soit… Vous le savez bien !