Une fugitive ondée de sang colore une seconde sa pâleur. Il interroge :
— Nicole… Nicole, je ne vous comprends pas…
— Pour me comprendre… et me pardonner… il faut vous souvenir, qu’en ce moment, je ne suis dans la vie qu’une pauvre épave désemparée !…
Elle s’arrête. Lui, a toujours, rivés sur elle, ses yeux qui demandent impérieusement la vérité… Alors, avec une sorte d’altière franchise, elle répond : — mais, elle ne le regarde pas ; vaguement, elle contemple le store qui bat au souffle de la mer :
— C’est vrai, autant qu’il dépendait de moi, j’ai cherché à être aimée de vous, follement… ainsi qu’autrefois… Vous étiez si sûr de vous-même, cet été, à Houlgate, et ici encore quand je vous ai rencontré, que la misérable tentation m’est venue de briser votre calme, de vous obliger à vous reconnaître vaincu par moi… tel que je vous ai connu, il y a des années. Vous voyez, c’est une vraie confession que je vous fais là !… Mais peut-être, après tout, est-ce surtout que je voulais échapper, coûte que coûte, aux souvenirs qui… qui me dévorent et qu’une rencontre a ravivés si vivants qu’ils m’écrasent… Je ne peux plus les supporter… Je ne puis plus vivre ainsi !…
Elle s’arrête encore. Ses mains ont une crispation d’angoisse. Mais c’est le seul geste, avec le regard tragique de ses yeux sans larmes, qui trahisse la tempête où sombre son orgueil…
Lui, l’écoute sans un mot. Comment pourrait-il la condamner, se révolter contre elle, quand il a été si faible, plus faible qu’elle dont il n’a pas les excuses ! Ah ! quelle humilité et quelle indulgence le souvenir de cette heure lui laissera dans l’âme !…
De nouveau, dans le silence de la pièce, s’élève la voix émouvante :
— Ne me méprisez pas trop, René, si j’ai, encore une fois, essayé de mettre l’irréparable dans ma vie ; c’était pour être sûre que je ne retournerais pas en arrière… Mais quand vos lèvres ont pris les miennes, j’ai senti que je ne pouvais être à personne… Du moins, en ce moment…
— Et demain… plus tard, vous ne pourriez pas davantage, Nicole,… parce que…