III

Ce jeune personnage est certes très loin de partager l’inquiétude de sa mère. Il appartient à l’espèce des nombreux petits hommes qui tiennent à se laisser vivre pour leur plus grand agrément et sont toujours convaincus que leur bonne chance les fera réussir, sans qu’ils aient à se préparer de favorables atouts.

Il s’est donc mis en route d’un cœur tranquille pour le lieu de son épreuve. Mais les événements paraissent avoir altéré cette aimable quiétude, si Guillemette en juge d’après les apparences, alors que, rentrée de ses pérégrinations quotidiennes, elle pénètre dans le petit salon où sa mère brode, devant son métier, très rouge, le visage un peu contracté. André, assis à califourchon sur une chaise, près de la fenêtre, a les yeux braqués sur un livre dont il ne tourne pas les pages.

Elle interroge, pressentant la réponse :

— Eh bien !… Es-tu content ?

Les yeux toujours sur son livre, André grogne, maussade :

— Pas du tout !… Je vais être retoqué

Il a une mine furieuse de chat battu qui serait comique si le frémissement des lèvres ne trahissait une enfantine envie de pleurer, comme font les petits dans leur détresse. Et c’est là la révélation d’un état d’âme tout à fait anormal chez ce garçon insouciant.

— Mon enfant, pourquoi dis-tu que tu ne réussiras pas… Tu ne peux pas le savoir ! proteste Mme Seyntis dont la voix est tremblante.

Elle pique fiévreusement son aiguille dans sa broderie et fait, sans en avoir conscience, des points irréguliers qui tombent, comme des notes fausses, dans l’harmonie du dessin.