— Il me semble que ta version est presque tout à fait conforme au texte que nous avons acheté.

— Oui, aux contre-sens près ! gémit André, dont l’humeur rappelle le dos d’un porc-épic.

— Et ton devoir français ? questionne encore Guillemette qui, vu la circonstance, ne se laisse pas rebuter par le ton d’André.

— Il est idiot comme le sujet donné !

En effet, la situation, en ces conditions, est mauvaise, et le résultat apparaît probable. Guillemette le regrette surtout pour sa mère, qui a l’air aussi lamentable que si André était en route vers l’échafaud.

— Maman, est-ce que vous avez demandé au professeur d’André si vraiment ses compositions sont mauvaises autant qu’il le dit ?

— Non, je ne pourrai trouver M. Rochet qu’après le dîner. J’irai aussitôt, puisque ton père n’est justement pas à Paris. J’ai une dépêche. Il ne sera de retour de Londres que demain soir.

— Alors, maman, ne vous tourmentez pas à l’avance. Peut-être que M. Rochet va vous tranquilliser…

Guillemette se penche et met un tendre baiser sur le visage désolé de sa mère ; puis, pour la distraire, elle entreprend de lui raconter sa promenade. Mais Mme Seyntis ne peut pas être distraite. Les paroles de sa fille sont, à son oreille, un bourdonnement de mouche joyeuse. Elle est hypnotisée par l’échec probable de son cher rejeton. Elle a cependant fait tout ce qui était en son pouvoir pour attirer sur lui la faveur du ciel. Elle s’est répandue en neuvaines, messes, prières, pour que les clartés de l’Esprit-Saint viennent en aide à sa cervelle juvénile et mal lettrée. Et voici qu’elle semble ne pas du tout devoir être exaucée.

Elle est trop bonne chrétienne pour murmurer. Mais, tout en ombrant de mauve un iris, elle fouille dans sa conscience pour découvrir comment elle a pu indisposer le ciel contre elle. Pourtant, elle a obéi, par pure générosité, aux suggestions de Guillemette et, après maintes réflexions, demandé à Mademoiselle de venir à Houlgate faire travailler Mad et se promener avec Guillemette… Cela, alors qu’elle n’avait, en vérité, nul besoin d’elle et voulait seulement lui rendre service, — à l’intention du succès d’André.