Donc… pourquoi ne va-t-il pas réussir comme tant d’autres ni plus savants ni plus travailleurs ?…

Comme elle rentrait avec lui, qu’elle était allée cueillir à la sortie de l’épreuve, elle a rencontré son digne ami, le curé de sa paroisse, qui habite la maison voisine de l’hôtel Seyntis. Il s’est répandu en phrases réconfortantes pour la mère et le fils, et finalement a invité André, en guise de distraction, à venir, le lendemain, déjeuner chez lui avec quelques-uns de ses vicaires.

André, peu séduit, a sournoisement imprimé à la jupe de sa mère des secousses expressives pour qu’elle refuse. Mais il semble à Mme Seyntis que la protection du ciel descendra mieux sur André s’il a reçu de pieux encouragements ; et elle accepte, avec des mots de reconnaissance qui achèvent d’exaspérer la victime du sort.

Le dîner est plutôt morose. Mme Seyntis est rongée d’impatience. André, fatigué, nerveux et affamé. Mad a tellement versé de larmes sur la malchance de son frère bien-aimé, que ses yeux et son nez ressemblent à des pelotes d’un rose accentué ; mais, tout de même, elle aussi mange avec un triomphant appétit. Quant à Guillemette, elle ne peut échapper au sentiment de justice qui lui fait penser qu’André s’est vraiment acquis tous les droits pour mériter son ajournement. Bien entendu, elle garde pour elle cette malencontreuse conviction.

Dès que le dessert a circulé autour de la table, Mme Seyntis se hâte de mettre un chapeau pour aller recevoir l’arrêt de M. Rochet ; et dans la voiture que lui a fait avancer le concierge, galonné comme un fonctionnaire, elle se laisse emporter vers la paisible rue des Ternes où s’épanouit la science de M. Rochet.

C’est une soirée lourde d’orage. A travers le ciel obscur, courent de fugitives lueurs d’éclairs. Aux branches, les feuilles sont immobiles. Devant les grand’portes et les boutiques mi-closes, de modestes groupes sont assis, soupirant après un peu de fraîcheur ; les hommes fument, la veste enlevée ; les femmes ont des corsages flottants et les mains inactives. Sous la clarté des réverbères, des gamins fouettent leur toupie dans les pieds des passants. De nombreux dîneurs sont attablés aux petites tables qui encombrent les trottoirs ; ils sont humbles, satisfaits et mangent avec entrain des mets très ordinaires.

Tout ce Paris populeux, Mme Seyntis le distingue à peine et n’en a cure ; elle est toute à l’idée que M. Rochet va lui rendre l’espérance ou justifier sa crainte. Et elle escalade rapidement les cinq étages du professeur, bien que cette montée hâtive la rende haletante. Elle s’en aperçoit seulement, tandis qu’elle attend devant la porte close, après un coup de sonnette bien nerveux.

— M. Rochet est chez lui ?

— Oui, Monsieur et Madame sont à table.

Mme Seyntis est si absorbée par sa préoccupation qu’elle répond machinalement.