La sonnerie du timbre l’arrête et lui met au visage cette expression mécontente des gens dérangés par un intrus. Mais l’expression disparaît vite sous un air empressé, quand il reconnaît René qui demande, instinctivement rassuré par le spectacle de cette scène familière :

— Puis-je voir Monsieur ?

— Mais Monsieur est parti hier soir pour Houlgate.

— Et il revient ?…

— Monsieur n’a rien dit. A la Banque, sans doute, ces messieurs savent.

Que savent-ils ?… René y passe pour être certain que son beau-frère est absent, pour apprendre peut-être la confirmation ou l’inanité de ses craintes. Là aussi, il lui est répondu que M. Seyntis est à Houlgate sans avoir fixé le jour précis de son retour, d’ailleurs imminent.

Toujours le même renseignement qui doit être un mot d’ordre ; car, à la Banque, René sent tout de suite une atmosphère de fièvre, de préoccupations capitales. Les visages sont altérés, anxieux, troublés…

Par discrétion, il se refuse à questionner. Donc aux Passiflores seulement, il saura. Et incapable de supporter davantage une attente qui lui devient un supplice, il prend le premier express vers Houlgate.

Le train est presque désert, non plus bondé comme en ce lumineux jour d’été où il arrivait à Houlgate avec une âme si différente de celle que lui ont donnée les deux derniers mois qu’il vient de traverser.

Et aussi, c’est l’automne, les arbres roussis qui se dénudent ; le crépuscule brumeux sur le réseau noir des branches sans feuilles, la mélancolie de ce qui finit.