Ce qui finit… Est-ce le bonheur d’êtres qui lui sont chers ?… dont il ignore tout, en ce moment, par sa faute…
Enfin, dans un instant, il va savoir ! Houlgate est bien près. Les petites stations fuient solitaires. Par delà les prairies, entre les arbres, s’ouvre l’infini de la mer, couleur d’ardoise… Et puis, une fois encore, le train s’arrête.
Violemment, se dresse, dans la pensée de René, la vision de sa joyeuse arrivée, en juillet, sa sœur souriante sur le quai ; et, près d’elle, restée très sage en arrière avec les enfants, la jeune créature qui allait souverainement lui prendre le cœur. Ah ! comme en cette minute où il va la revoir — parce que la vie est plus forte que toutes ses résolutions ! — il a conscience d’avoir, en vain, tenté l’impossible pour se détacher d’elle ! La seule pensée que dans quelques instants il sera près d’elle, emporte même l’anxiété qui l’enserre dans un étau depuis tant d’heures. Il oublie tout — sauf ce qu’il a jeté entre elle et lui… Et une colère gronde en lui contre sa faiblesse.
Il écarte la portière, saute sur le quai… et s’arrête court.
Guillemette est là, seule, toute fine dans cette vareuse de laine rouge qu’elle portait ce dernier jour où ils étaient ensemble sur la plage, dans un pareil crépuscule de brume… Guillemette avec son éclat de fleur, un sourire de bienvenue dans l’ombre violette de ses yeux, alors qu’elle vient vers lui, en qui tressaille une allégresse éperdue. Ah ! malgré tout ce qui les sépare, que c’est doux de la retrouver !…
Mais il ne se trahit pas et dit seulement :
— Je ne rêve pas ?… Guillemette, c’est vous, bien vous ?… Comment êtes-vous ici ?
La bouche a cette expression qu’il a revue tant de fois depuis son départ :
— Je suis venue ici pour vous attendre, oncle René… Vous allez me dire que c’est très incorrect… Je m’en aperçois maintenant, mais tant pis !… Je suis bien sûre que vous ne me gronderez pas quand je vous dirai tout à l’heure ce qui m’a amenée…
Son inquiétude se ravive, comme une blessure sensible au moindre attouchement.